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Mise a jour: 28/10/02
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 Fight club                                  David Fincher / 1999
   
  This is your life and it's ending one minute at a time.
 Règle n°1: Il est interdit de parler du  Fight Club. Règle n°2: Il est interdit de  parler du Fight Club. L'analyse d'un film  paradoxal ne peut s'ouvrir que sur un  paradoxe. Pour dire toute la grandeur de  ce club là, il faudra commencer par  enfreindre ses deux premières règles...  C'est ce que fait Jack, le narrateur, qui  débute son histoire un pistolet dans la
 
 

bouche. Jack est un jeune cadre impeccable, polissé, un homme en plastique, un pion. Sa condition ne lui donne meme pas envie de mourrir, ou a peine. Jack est tout le monde. Jusqu'au jour ou il n'arrive plus a dormir, et qu'il décide de consulter. Sur les conseils de son medecin, et devant l'inutilité des traitements prescrits, Jack commence à fréquenter des clubs de malades, des groupes de soutiens ou chacun s'appelle par son prénom et ou les metastases sont un gage d'admission. Devant la detresse profonde de ceux qui peuplent ces réunions, Jack comprend ce qu'est la véritable souffrance, mais par dessus tout, il découvre le bonheur de se laisser aller a pleurer entre les seins d'un ancien halterophile traité aux hormones. Tres vite, il retrouve le sommeil, mais devient completement dépendant à ces clubs du desespoir. Il ne sait pas encore que son palliatif vend des savons, et qu'il s'appelle Tyler Durden...

Règle n°3: Si quelqu'un dit stop ou s'évanouit, le combat s'arrête.

Fight club n'est pas un film aussi violent qu'on a bien voulu le dire. Graphiquement du moins. Un film qui n'a que sa violence pour lui est obligé de l'exacerber, mais ce n'est pas le cas de Fight club, qui est une oeuvre autrement plus profonde. On a pris ce film pour un film d'action, de par son titre d'abord, puis a cause des quelques scenes de combat que les producteurs ont du insister pour montrer dans les bandes annonces, parce qu'elles sont probablement ce qu'il y a de plus vendeur dans ce film avec Brad Pitt. Mais c'etait un piège. Fight club est une oeuvre cérébrale, dont la richesse dépasse dangereusement les critères requis en terme d'echec commercial.

Règle n°4: Seulement deux personnes par combat.

La dualité reste un élément prépondérant dans Fight club: deux personnages, deux visions du monde, deux choix, et surtout deux degrés de lecture. Tyler et Jack sont chacun le contraire de l'autre, ils s'opposent par consequent autant qu'ils se completent. Jack, phenomenal Edward Norton, répresente l'aboutissement optimal qu'un systeme petri de capitalisme forcené, de formatage social et de consommation peut esperer engendrer. Tyler, quant a lui, est un marginal, un rebelle qui ne demande qu'a accelerer le naufrage entamé du systeme en place. Il est ce que Jack reve d'etre. A eux deux ils montent le fight club, dans lequel des hommes de tous age et de toutes classes se battent au fin fond de caves sordides avant de reprendre leur activité normale des le lendemain matin, tuméfiés mais heureux.

Règle n°5: Un combat à la fois.

Et un acte a la fois. On peut nettement diviser Fight club en 4 parties distinctes: La présentation de Jack, ses névroses et son mobilier soigneusement choisi. Ensuite, La rencontre avec Tyler qui engendre la création du Fight club. En troiseme partie vient le projet KO, puis enfin la conclusion du film. Chacune de ces parties porte un symbole: Jack tout d'abord, qui est le monde occidental aujourd'hui. Un monde saturé de ses propres abus, un monde qui scie la branche sur lequel il est assis. Tyler et le fight club ensuite representent l'alternative, la rebellion. Le projet Ko incarne pour sa part la révolution. A l'initiative de Tyler, les membre du fight club sont envoyés en missions terroristes visant a reveiller les consciences. La derniere partie marque l'echec ou la reussite de ce projet. Au choix.

Règle n°6: Pas de chemise, pas de chaussure.

Presque nus. Animaux. Ainsi sont les membres du Fight club quand ils se retrouvent a l'interieur de l'arene d'hommes pour se battre. Ce retour a l'animalité, aux pulsions libérées, c'est un des arguments cachés du film. Il ne sert plus a rien aujourd'hui d'etre un homme en termes de force physique. Peu importe que la masse musculaire du male et son potentiel hormonal d'agressivité soient superieurs à ceux de la femelle. Pour travailler dans un bureau, les attributs masculins sont inutiles. L'animal est effacé. On peut alors choisir de se coucher sur le divan d'un psychanaliste pour réprimer la bete qui se débat furieusement, ou la laisser sortir. C'est cette option qu'adoptent les membres du Fight club.

Règle n°7: Le combat dure aussi longtemps qu'il doit durer.

Il en va de meme pour un systeme. Quand celui ci ne pourra plus continuer, il s'effondrera de lui meme. A ce titre, les accents prophetiques de la derniere scene en deviennent meme troublants. C'est pourtant ici que l'interpretation du film se scinde en strates: A priori, on pourrait penser que Fight club est un film revendicatif a message anti-social, un film punk. Mais il n'en est rien. Le jeune rebelle qui dis zut a sa maman le prendra tres certainement comme ça, mais le film est piégé. Il ne tombe pas dans le travers naivement romantique qui consiste a croire que la solution a un systeme poreux est aussi simple que de le renverser pour mettre en place son opposé. Il n'y pas de lendemain necessairement radieux apres la révolte. En montrant l'effondrement du projet KO, en montrant les révolutionnaires comme des clones décérébrés, Fight club s'ouvre sur une troisieme voie, qui n'est ni celle qui mene au systeme, ni celle qui mene contre lui. En ce sens, Fight club est un film zen. Il nous préconise le pas de coté. Le recul. Et l'observation...

Règle n°8: Si c'est votre premier soir au Fight Club, vous devez vous battre.

Et si c'est la premiere fois que vous voyez Fight club, faites le sans préjugés. Oubliez cette critique, oubliez l'etoffe de culte dont le film a pu etre enrobé. J'y vois pour ma part du yin et du yang, j'y vois de la philosophie et de la beauté, de la richesse et de la profondeur. Vous n'y verrez peut etre que des coups. Et Brad Pitt en peignoir rose. Mais ne serait que pour la virtuosité de Fincher et ses incroyables idées de réalisation, Fight club se doit d'etre vu. Ce film résume a mon sens les années 90, et préfigure la suite...

 
 

 

 
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